Approfondimenti scientifici
Contact visuel et attention conjointe au cours de la première année de vie
Regarder ne signifie pas seulement voir. Au cours de la première année de vie, le développement de la fonction visuelle progresse parallèlement à la maturation des compétences motrices, attentives, cognitives et socio-communicatives, transformant progressivement le regard en un outil de relation.
À la naissance, le système visuel est encore immature. Le nouveau-né est capable de percevoir la lumière, les contrastes, les contours et les stimulis présents dans le champ visuel, mais l’acuité visuelle, la capacité de focalisation, la coordination des mouvements oculaires et l’intégration des informations provenant des deux yeux sont encore en cours de développement. Au cours des mois suivants, ces fonctions mûrissent rapidement, permettant à l’enfant de passer d’une vision principalement orientée vers des stimulis proches et à fort contraste à un mode visuel progressivement plus précis et organisé.
En parallèle, le regard acquiert une fonction sociale. Le visage humain devient l’un des stimulis vers lesquels l’enfant oriente précocement son attention et, à travers la répétition des échanges avec le donneur de soins, le contact visuel s’insère progressivement au sein de séquences interactives de plus en plus complexes.
C’est dans ce parcours que se situe le développement de l’attention conjointe, c’est-à-direla capacité de coordonner son propre orientation attentive avec celle d’une autre personne vers un objet, un événement ou un élément de l’environnement. Il s’agit d’une compétence qui émerge au cours de lapremière année et qui représente l’une des étapes à travers lesquelles la perception visuelle devient une partie intégrante de la communication préverbale.

Un système visuel encore en maturation
Le système visuel du nouveau-né se distingue de celui de l’adulte par le degré de maturation d’un réseau anatomique et fonctionnel complexe qui comprend l’œil, la rétine, le nerf optique, les voies visuelles et les structures corticales chargées du traitement des informations visuelles.
À la naissance, certaines composantes de la fonction visuelle sont déjà opérationnelles, tandis que d’autres doivent compléter leur développement à travers des processus de maturation qui se poursuivent durant la période postnatale. L’acuité visuelle est initialement réduite par rapport à celle qui sera atteinte ultérieurement ; la capacité à maintenir unefixation stable, déplacer rapidement l’attention d’un stimulus à l’autre et coordonner les mouvements des deux yeux évolue également progressivement.
Au cours des premiers mois, l’enfant est particulièrement sensible aux stimulis à fort contraste et aux éléments présents à courte distance. Cette caractéristique revêt également un sens dans l’interaction avec le donneur de soins, car le visage de l’adulte, observé pendant les soins et surtout pendant l’alimentation, se trouve fréquemment à une distance visuellement accessible au nouveau-né.
La maturation de la fonction visuelle ne se produit donc pas de manière isolée, mais se développe également à travers les expériences quotidiennes, qui offrent de continues opportunités d’exercer la fixation, l’orientation, la poursuite et la discrimination des stimulis.
La vision prénatale : ce qui précède le contact visuel
Parler de contact visuel avant la naissance nécessite une précision terminologique. Le fœtus développe progressivement la capacité de recevoir et de traiter des stimulis lumineux, mais le contact visuel, compris comme un comportement relationnel réciproque entre l’enfant et une autre personne, appartient à la vie postnatale.
Pendant la gestation, les structures oculaires et les voies nerveuses impliquées dans la fonction visuelle mûrissent progressivement. La possibilité de recevoir des stimulis lumineux représente l’une des expériences sensorielles qui accompagnent la maturation du système nerveux fœtal.
Il n’est donc pas correct d’attribuer à la période prénatale le sens social que le terme « contact visuel » prend après la naissance. Avant la naissance se développent les bases anatomiques et physiologiques de la fonction visuelle ; ultérieurement, ces compétences sont intégrées dans l’expérience perceptive et dans l’interaction avec l’environnement et avec les personnes.
De la perception au contact visuel
Au cours des premières semaines de vie, le comportement visuel se caractérise par une capacité encore limitée à maintenir durablement une fixation stable et par une maturation progressive de la coordination oculomotrice.
Le nouveau-né peut orienter son regard vers un visage ou un stimulus visuellement saillant, mais cela ne signifie pas que chaque épisode d’orientation représente déjà un contact visuel intentionnel, au sens attribué à un comportement social plus mature.
Au cours des premiers mois, la stabilité de la fixation et la capacité à suivre visuellement des objets et des visages augmentent, tandis que le regard devient progressivement plus organisé et intégré dans l’échange avec l’adulte.
Cette distinction revêt une importance particulière également d’un point de vue clinique. Voir un visage, le fixer, maintenir le regard, l’alterner entre une personne et un objet et suivre la direction du regard d’autrui sont des compétences différentes, qui mûrissent à travers un parcours graduel.
Le visage humain comme stimulus social
Le visage humain représente un stimulus particulièrement pertinent dans les premières expériences visuelles de l’enfant. Lors des interactions quotidiennes, le visage du donneur de soins est associé à la voix, au contact corporel, à l’alimentation, aux expressions émotionnelles et aux variations du ton vocal.
Cette convergence d’informations sensorielles permet à l’enfant d’expérimenter de manière répétée une relation entre ce qu’il observe et ce qui se produit pendant l’interaction.
En outre, au cours des premiers mois, l’attention visuelle ne reste pas nécessairement concentrée sur les mêmes régions du visage. Les études sur le développement de l’attention visuelle montrent des modifications dans la manière dont l’enfant répartit son regard entre les yeux, la bouche et d’autres caractéristiques du visage, également en lien avec l’importance croissante des informations linguistiques et sociales.
Le regard devient ainsi une partie d’un échange dynamique, dans lequel l’enfant observe le visage de l’adulte, détourne momentanément son attention, revient le regarder et, avec la maturation des compétences attentives, commence à coordonner l’observation des personnes avec celle des objets présents dans l’environnement.
Du contact visuel à la poursuite du regard
Une étape ultérieure est représentée par la capacité à suivre la direction du regard d’une autre personne, une compétence qui ne coïncide pas avec le simple contact visuel.
Dans le contact visuel, l’enfant oriente son attention vers le visage ou les yeux de l’interlocuteur ; dans la poursuite du regard, en revanche, il utilise l’orientation visuelle de l’autre comme une information pour identifier une cible possible dans l’environnement.
La capacité de gaze following, c’est-à-dire de suivre le regard d’autrui, commence à émerger au cours des premiers mois et devient progressivement plus évidente au cours de la seconde moitié de la première année. Son expression dépend toutefois du contexte, des caractéristiques du stimulus et des compétences individueles de l’enfant.
Cette étape revêt une valeur développementale importante, car l’enfant ne se limite plus à observer ce que l’adulte est en train de faire, mais commence à utiliser le comportement visuel de l’interlocuteur pour orienter sa propre attention.
Qu’est-ce que l’attention conjointe réellement ?
L’attention conjointe représente une compétence plus complexe que le simple contact visuel. On parle d’attention conjointe lorsque deux personnes coordonnent leur orientation attentionnelle vers un même objet, événement ou élément de l’environnement.
Dans une situation typique, l’enfant regarde le parent, suit la direction de son regard et oriente ensuite ses yeux vers un jouet. Dans une phase plus évoluée, il peut alterner le regard entre le jouet et le parent, en maintenant une forme de coordination entre lui-même, l’autre personne et l’objet observé.
La littérature scientifique distingue généralement deux composantes : la réponse à l’attention conjointe et l’initiative de l’attention conjointe.
La première consiste en la capacité de l’enfant à répondre aux signaux de l’autre, par exemple en suivant son regard ou un geste dirigé vers un objet. La seconde concerne quant à elle la capacité d’utiliser spontanément des comportements communicatifs pour diriger l’attention de l’autre personne vers quelque chose.
Ces deux composantes ne mûrissent pas nécessairement au même moment : la réponse aux signaux attentionnels de l’autre a tendance à apparaître d’abord, tandis que l’initiative communicative devient plus structurée par la suite.
Une donnée de la recherche italienne : le regard comme élément de la régulation de la relation
Une étude italienne publiée en 2022 par Tiziana Aureli, Fabio Presaghi et Maria Concetta Garito a analysé de façon longitudinale la co-régulation dans les interactions mère-enfant, en suivant les dyades de 4 à 24 mois.
Les chercheurs ont pris en compte, entre autres aspects, l’alternance du regard et le partage des significations durant l’interaction. Les résultats soutiennent l’idée que le regard ne représente pas seulement une fonction visuelle, mais participe progressivement aux processus de régulation réciproque entre l’enfant et le caregiver.
Ce résultat contribue à comprendre pourquoi le contact visuel doit être interprété au sein de la relation et non comme une compétence isolée.
Au cours des premiers mois, l’enfant développe progressivement la capacité d’orienter son regard vers le partenaire social, de maintenir l’attention, de la détourner et ensuite de la diriger à nouveau vers l’interlocuteur. Avec la maturation des compétences attentionnelles, l’alternance du regard peut devenir une partie de séquences interactives plus complexes, dans lesquelles l’enfant et l’adulte modulent réciproquement leur propre comportement.
La co-régulation décrit précisément ce processus d’adaptation réciproque : le comportement de chaque partenaire influence celui de l’autre et, au fil du temps, les interactions deviennent progressivement plus organisées. Dans ce cadre, le regard représente l’un des canaux à travers lesquels l’enfant participe à l’échange avant même l’apparition d’une communication verbale structurée.
Le rapport entre le contact visuel et le bonding peut être davantage compris en observant ce qui se produit dans les premiers jours et les premières semaines de vie. Le bonding ne coïncide pas avec le simple contact visuel et ne peut être réduit à un seul comportement, mais représente un processus relationnel plus vaste, dans lequel interviennent la proximité physique, la voix, le toucher, le regard, la réponse aux signaux du nouveau-né et la connaissance réciproque progressive.
Les principales étapes de la première année
2 premiers mois : orientation et premières expériences de fixation
Au cours des premières semaines, le système visuel est encore en maturation rapide. L’enfant peut s’orienter vers des stimulus visuellement saillants et manifester de l’intérêt pour le visage humain, surtout dans les conditions de proximité typiques des interactions quotidiennes.
La fixation est encore relativement courte et la capacité à maintenir de manière stable l’attention sur une cible visuelle doit se consolider. À cette phase, il n’est pas opportun d’interpréter chaque variation du contact visuel comme un indicateur isolé du développement social, car le comportement visuel doit être observé dans son ensemble et en relation avec la maturation générale de l’enfant.
2–4 mois : plus grande stabilité du regard
Entre le deuxième et le quatrième mois de vie, la capacité à fixer et à suivre les stimulus devient progressivement plus efficace. L’enfant montre une plus grande participation aux échanges face à face et peut maintenir plus longtemps l’attention sur le visage de l’adulte.
La capacité croissante à orienter et à maintenir l’attention visuelle contribue à rendre les interactions plus prolongées et prévisibles, favorisant la consolidation des premières compétences relationnelles.
4–6 mois : intégration entre vision, mouvement et interaction
Avec la maturation du contrôle oculomoteur et de l’organisation attentionnelle, l’enfant élargit son exploration visuelle. Les objets, visages et mouvements présents dans l’environnement deviennent des cibles d’intérêt de plus en plus différenciées.
À cette phase, la relation entre attention visuelle et interaction sociale devient plus articulée. L’enfant peut observer un objet, revenir à regarder le caregiver et modifier son propre comportement en fonction de la réponse de l’adulte.
La littérature suggère que dès la seconde moitié de la première année émergent des composantes pertinentes des comportements d’attention conjointe, bien que leur organisation et leur signification développementale continuent de mûrir par la suite.
6–9 mois : le regard de l’autre devient un guide
Entre la seconde moitié de la première année et les mois suivants, la capacité à suivre la direction du regard de l’adulte devient progressivement plus évidente.
L’enfant peut commencer à s’orienter vers un objet que le parent observe et à coordonner davantage son attention avec celle du partenaire social.
Cette période représente un passage particulièrement significatif, car l’attention n’est plus seulement de type dyadique, c’est-à-dire centrée sur la relation enfant-adulte, mais peut commencer à s’organiser autour d’une structure triadique : enfant–adulte–objet.
9–12 mois : vers des formes plus matures d’attention conjointe
Au cours du dernier trimestre de la première année, le suivi du regard devient généralement plus efficace et l’enfant peut faire preuve d’une capacité croissante à coordonner son attention visuelle avec celle de l’adulte.
Un comportement particolarmente significatif est représenté par l’alternance du regard : l’enfant observe un objet, regarde le caregiver et revient ensuite observer l’objet. Cette séquence constitue une forme plus évoluée de coordination attentionnelle par rapport à la simple orientation vers un stimulus.
Vers la fin de la première année, des comportements dans lesquels l’enfant utilise le regard et d’autres signaux non verbaux pour partager une expérience avec l’adulte peuvent également apparaître. La capacité d’initier de manière autonome des épisodes complexes d’attention conjointe, cependant, continue de se développer également au cours de la deuxième année de vie.
Contact visuel et développement du langage
Le développement du regard est étroitement lié à la maturation des compétences communicatives.
Lorsque l’adulte et l’enfant orientent tous deux leur attention vers le même objet, cela crée un contexte particulièrement favorable pour relier ce qui est observé aux mots entendus. Le regard de l’adulte peut en effet restreindre le champ des interprétations possibles et aider l’enfant à identifier le référent d’un mot.
De nombreuses études ont mis en évidence des associations entre les compétences de gaze following et d’attention conjointe au cours de la première année de vie et les capacités linguistiques ultérieures. Cela ne signifie pas que le contact visuel détermine directement le développement du langage, mais que la capacité à coordonner l’attention et les informations sociales contribue à créer des conditions favorables à l’apprentissage linguistique.
Le regard représente donc l’un des canaux à travers lesquels l’enfant commence à organiser la relation entre personne, objet, événement et mot, posant ainsi les bases de formes de communication progressivement plus articulées.
Un regard qui devient relation
Au cours de la première année de vie, la fonction visuelle traverse un processus de maturation important : d’une capacité initialement limitée à percevoir et s’orienter vers les stimuli, se développe progressivement un mode d’exploration de plus en plus précis, sélectif et intégré au comportement.
Le contact visuel représente l’un des premiers éléments de cette transformation. Par la suite, le regard de l’autre peut devenir une référence pour orienter l’attention, qui se trouve progressivement coordonnée vers un objet commun et utilisée pour partager des expériences.
En ce sens, le passage de la vision au contact visuel et du contact visuel à l’attention conjointe ne représente pas une simple succession de compétences isolées, mais l’expression de l’intégration progressive entre système visuel, contrôle oculomoteur, attention, développement cérébral et communication sociale.
À la fin de la première année, l’enfant ne se limite donc pas à observer ce qui l’entoure, mais apprend à utiliser le regard pour s’orienter dans l’environnement et, surtout, pour coordonner sa propre expérience avec celle de l’autre.
C’est précisément cette capacité progressive à partager une expérience à travers le regard qui pose les bases de compétences ultérieures, telles que l’apprentissage linguistique, la communication intentionnelle et le développement de la cognition sociale.
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